Henry Miller Correspondances

Deux publications récentes d’Henry Miller dont je vous conseille vivement la lecture : Lettres à Maurice Nadeau 1947-1978 et sa correspondance avec Blaise Cendrars : Correspondance 1934-1959.

Ces deux échanges de lettres montrent la passion de Miller pour la France, son sens de l’amitié, et prouve que, décidément précurseur, même en dehors de son « oeuvre », Henry Miller avait des choses à dire, une « philosophie » à transmettre.

J’avais déjà lu les Correspondances avec Lawrence Durrell (1935-1980), un ouvrage remarquable et passionnant paru en 2004 et désormais épuisé.

Henry Miller Interview

Une interview d’Henry Miller en France disponible ici sur le site de l’INA.

« Je n’ai vu aucune chance pour moi, il me semble que toutes les portes étaient fermées (…) j’étais un raté, complètement, or la dernière chose que je pouvais faire, c’était écrire. »
Henry Miller

Vivekananda

Sais-tu ce que Vivekananda a dit un jour ? « Il n’y a qu’un péché. C’est la faiblesse… N’ajoute pas une folie à une autre. N’ajoute pas ta faiblesse au mal qui va venir… Sois fort! »
Je m’arrêtai, pensant qu’il allait s’esclaffer. Mais au lieu de cela, il dit :
« Vas-y, Hen, continue. C’est pas mal, ce que tu viens de dire.
-Oui, ce n’est pas mal, comme tu dis, mais les gens continueront toujours à faire exactement le contraire.
Ceux-la mêmes qui applaudissent à ses paroles l’ont trahi dès qu’il a cessé de parler. Cela vaut pour Vivekananda aussi bien que pour Nietzsche, pour Karl Marx, pour Krishnamurti… Tu peux compléter la liste toi même! Mais au fait pourquoi est-ce que je te raconte tout cela? Tu ne changeras pas. Tu refuse de faire le moindre progrès. Ta loi, c’est le moindre effort, le moindre ennui, la moindre souffrance. (…)

Henry Miller
Nexus
p.385

Henry Miller & les Psychanalystes

D’abord je vais vous dire une chose : je n’aime pas particulièrement les psychanalystes, même les plus grands. Jung, par exemple… pour moi c’est un emmerdeur. Je le respecte, en un sens, pour ses explorations ; il a eu des idées brillantes, mais il est imbuvable, et d’une lourdeur !… Ah, il est bien suisse, oui! Et Freud! J’ai lu tout ce que j’ai pu de lui, dans ma jeunesse, comme de Jung et des autres ; et j’ai été emballé.
Mais aujourd’hui, tout cela ne veut rien dire pour moi. On me raconte, à propos de Freud : “Il a brisé les barrières, etc. ” Je ne suis pas du tout d’accord.
A mon avis, il nous a flanqué bel et bien de nouveaux fardeaux sur le dos et sur la conscience. Il nous a libérés d’un côté et accablés de l’autre. Ça boite.

Henry Miller Septembre 1969 O.R.T.F Entretiens de Paris (p. 37) Stock 1993

Henry Miller (citation)

(…)
La Seconde Guerre Mondiale a fait naître le vague sentiment que la Terre elle-même est menacée d’extinction. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère apocalyptique. L’esprit de l’homme est en convulsions, comme l’était la Terre-elle même durant les anciennes périodes géologiques. C’est la mort que nous secouons, la rigidité de la mort. Nous déplorons l’esprit de violence qui règne, mais, afin de briser les chaînes, l’esprit de l’homme doit éclater. Les plus éblouissantes possibilités nous enveloppent. Nous sommes infusés et investis de pouvoir et d’énergie jusqu’à présent insoupçonnés. Nous sommes à la veille de vivre à nouveau comme des êtres humains, dans la pleine majesté du mot humain. L’héroïque travail de nos prédécesseurs apparaît aujourd’hui comme le travail de victimes expiatoires. Il ne nous est pas nécessaire de renouveler leurs sacrifices. Il nous appartient d’en savourer les fruits. Le passé est en ruines, l’avenir nous appelle. Prends ce monde de tous les jours et embrasse le ! Voilà ce que commande l’esprit. Quel monde meilleur peut il y avoir, que celui où nous avons pleine responsabilité, tous et chacun d’entre nous ? Ne travaille pas pour les hommes à venir ! Cesse complètement de travailler, et crée ! Car la création est jeu et le jeu est divin.
(…)

Henry Miller, Plexus, 1952.