Corinne Lepage sur Europe 1 le Mardi 3 novembre 2009
Deuxième EPR un choix économique catastrophique
Pour Corinne Lepage, la relance du nucléaire constitue un choix économique catastrophique :
Si le risque financier est immense, les avantages sont maigres. Le coût de revient du nucléaire est beaucoup plus élevé que le coût généralement avancé. Le Bureau de suivi du budget du Congrès américain a indiqué en 2008 que les coûts réels de construction de 75 des centrales du parc actuel avaient dépassé de plus de 300 pour cent les estimations qui avaient été faites par l’industrie nucléaire, soit une progression de 0,938 à 2,959 dollars par kW installé. Le coût d’une nouvelle centrale nucléaire est actuellement évalué par Moody’s à un montant de 5.000 et 6.000 dollars par kW installé, à 8.000 dollars par la société Florida Power & Light pour la construction de deux nouvelles unités nucléaires à Turkey Point dans le sud de la Floride. Et ces estimations n’incluent pas les frais de traitement et de stockage des déchets nucléaires. En août 2008, le Département de l’Energie a fourni une nouvelle estimation du coût d’aménagement et de gestion de Yucca Montain, le site centralisé de stockage actuellement en construction au Nevada. Les estimations ont bondi de 57,5 milliards en 2001 à 96,2 milliards aujourd’hui, ce dernier chiffre couvrant simplement les coûts jusqu’en 2013.
Même en France, après la réévaluation du coût de l’EPR de Flamanville estimé à 4 Mds d’euros (20% de plus que prévu mais c’est un minimum compte tenu du précédent finlandais et de l’estimation américaine ci-dessus qui conduirait à un coût de 6 à 8 Mds d’euros) EDF estime à 55 euros le prix du mégawatt heure soit un prix qui ne cesse de monter alors que celui de l’éolien et du solaire ne cesse de baisser. Et ce prix n’inclut pas le démantèlement (les Anglais évaluent à 103 Mds d’euros le coût alors que EDF n’aurait mis de côté que 30 Mds pour 3 fois plus de centrales et dans un fonds non dédié…)
Ainsi ce choix n’est pas le moins coûteux, mais en plus il va peser sur l’industrie française qui a vu les tarifs dérégulés augmenter de 48% entre 2006 et 2007… et qui sera mise dans l’obligation de faire l’impasse sur le développement de l’économie verte incompatible avec le nucléaire. La bronca contre l’éolien ou le débat sur l’efficacité énergétique dans les bâtiments chauffés électriquement n’est qu’un avant-goût de ce que nous allons vivre. Nous allons simplement, pour des considérations idéologiques et non économiques, nous priver de prendre le virage des industries du XXIe siècle. Les dégâts sur l’économie et la finance française seront à moyen terme les mêmes qu’au cours des années 80 : aggravation des déficits commerciaux, perte de savoir faire dans les secteurs porteurs de l’industrie de grande diffusion, retard de la modernisation du substrat économique. Mais ils seront aggravés par les difficultés financières et le changement de modèle économique auquel nous ne participerons pas. Et n’oublions jamais que le risque zéro n’existe pas et qu’il faut espérer que nous ne connaîtrons jamais d’incidents importants a fortiori d’accidents ce qui mettrait en péril des secteurs d’activités stratégiques pour notre pays comme l’industrie agroalimentaire ou l’industrie qui représentent les premiers pôles de notre économie et de notre balance commerciale.
Ainsi, sans même aborder la question de l’impact sur l’emploi (2.000 emplois espérés à Penly pendant le chantier, 300 après) contre plusieurs dizaines de milliers qui pourraient être créés avec les 4 milliards d’euros voués à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables ou encore la question sanitaire et écologique bien réelle, la relance du nucléaire constitue un choix économique catastrophique.
Corinne LEPAGE
Source :
http://www.actu-environnement.com/
EDVIGE Danger, Danger…
Corinne Lepage sera l’invitée de Mots Croisés le lundi 8 septembre à partir de 23h sur France 2. Thème de l’émission: le fichier EDVIGE.
Petit rappel EDVIGE, c’est ça :
« Créé par un décret paru le 1er juillet au Journal officiel, Edvige permet de recenser dès l’âge de 13 ans des personnes jugées « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public », ainsi que des personnes « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique » ou jouant un « rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ». » Cf -AFP
C’est cool nan ? Quoi ?!
…le premier qui dis que la liberté en France ne se porte pas très bien, je note son IP, et je l’envoie à Nico illico.
EDIT:
cf-EDVIGE: Corinne Lepage demande un referendum d’initiative populaire
Technologies de l’information et développement durable
Une interview pertinente de Corinne Lepage sur le site regard sur le numérique :
Quels sont les domaines dans lesquels la recherche en informatique pourrait, selon vous, s’orienter à l’avenir pour apporter une contribution supplémentaire à la préservation de l’environnement ?
Je pense qu´on commence tout juste à toucher du doigt ce que les TIC peuvent apporter. Il reste une multitude de pistes à creuser, pour améliorer par exemple les politiques de prévention par un meilleur suivi des milieux. Dans la domotique également, on peut s´attendre à des avancées importantes grâce à la convergence entre l´informatique et les nanotechnologies, qui va permettre d´aller plus loin dans la conception de matériaux intelligents, dotés de capteurs, etc.
Autre grande direction : tout ce qui peut sensibiliser le citoyen à l´impact environnemental, au sens large (énergie, santé et ressources), que peut avoir non seulement son comportement mais aussi celui des entreprises dont il consomme les produits. Car je crois beaucoup plus au poids du consommateur qu´au poids du citoyen. Une des manières de dire à une entreprise qu´on n´est pas content d´elle, c´est de ne plus acheter son produit. Encore faut-il savoir si on est satisfait ou pas. Et il y a fort à faire aujourd´hui pour permettre aux consommateurs d´accéder à ces informations, alors même que les entreprises rivalisent dans le greenwashing. Certaines technologies numériques pourraient contribuer à mettre ces informations à disposition du grand public de façon claire et simple.
La suite sur http://www.regardsurlenumerique.fr
Lepage : on essaie d’habituer les Français aux incidents
Etes-vous inquiète de la multiplication des incidents dans l’industrie nucléaire française ?
Corinne Lepage. Ce qui se passe est tout à fait anormal. A commencer par l’incident de la semaine dernière au Tricastin, qui a été classé de niveau 1, car sans impact sur l’environnement. Dans ce cas-là, pourquoi autant de communication, c’était du jamais-vu ! Je pense que cet événement aurait dû être classé de niveau 2. Et je m’interroge sur les raisons pour lesquelles cette médiatisation survient.
Qu’en déduisez-vous ?
Je me demande si nous ne sommes pas en face d’une opération concertée pour banaliser les incidents dans le nucléaire. Dans la grande privatisation qui se prépare dans cette industrie (NDLR : une fusion Areva-Alstom est évoquée depuis plusieurs mois), on essaie d’habituer les Français. On prépare le terrain en leur disant que ce ne sont que des incidents mineurs, et en leur déclarant à chaque fois : Vous voyez bien, on ne vous cache rien, on vous dit tout. Vous vous préoccupez aussi de l’état de nos réacteurs ?
Oui. J’ai été saisie par un collectif regroupant des Français, des Suisses et des Allemands à propos de la centrale de Fessenheim, qui est vieille et n’a pas bénéficié des investissements nécessaires pour des questions de rentabilité. Je m’apprête à déposer un recours gracieux auprès du préfet du Haut-Rhin et du gouvernement pour les alerter sur la situation.
Le Parisien 24/07/08 (Propos recueillis par Michel Valentin).
Corinne Lepage la pieuvre nucléaire
(…)
Alors pourquoi cette précipitation alors même que les immenses difficultés rencontrées par Areva dans la construction de l’EPR en Finlande comme à Flamanville justifierait au contraire une réflexion de fond sur la filière de troisième génération ?
Il faut chercher la réponse non pas dans une nécessité énergétique qui n’existe pas ou qui justifierait une solution en faveur des ENR mais dans le mécano financiaro-industriel consistant à permettre à Bouygues de mettre la main sur Areva après avoir marié GDF et Suez sur le dos des abonnés au gaz qui ont et continuent à payer la facture . Cette décision s’inscrit donc dans le choix de privatiser l’énergie y compris le nucléaire, la création d’un nouvel EPR étant destiné à orner la corbeille de la mariée. Or, cette privatisation nous fait courir un risque immense en terme d’indépendance nationale et de sécurité Alors que l’Allemagne s’interroge sur les fuites de radioactivité d’un de ses laboratoires souterrains, a-t-on imaginé ce que représenterait pour l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire françaises un problème de cette nature ?
(…)
Après la responsabilité historique que nous portons sur les risques en terme nucléaire qu’ont fait courir au monde l’Irak puis l’Iran, nous souhaitons aujourd’hui doter la Libye, l’Algérie et pourquoi pas un jour la Syrie de centrales nucléaires. Toute décence et toute défense des droits de l‘homme s’effacent devant l’impératif commercial et les liens profonds que le nucléaire impose de tisser avec les acheteurs. Ainsi, la diplomatie du nucléaire tend à s’imposer faisant dans le domaine international comme dans le domaine interne l’alpha et l’omega de la politique française . Si l’industrie du nucléaire actuelle et future s’en réjouit, rien ne dit que la nation française y trouve son compte.
La crise pétrolière, Corinne Lepage
Corinne Lepage (chronique sur France culture, lundi 2 juin) nous offre un point de vue inactuel sur la crise pétrolière.
« Il serait intéressant de savoir si les brevets des solutions alternatives ne seraient pas par hasard bloqués par des sociétés pétrolières ou des Etats pétroliers ? »
(…)
« Malheureusement, et comme après le premier choc pétrolier, nous risquons de laisser passer le train de la transformation indispensable à notre survie, en laissant les amis du pétrole gagner deux fois contre le reste du monde. »
(…)
« Jamais l’humanité n’a disposé de moyens d’une telle ampleur pour répondre à la crise systémique que nous vivons ; encore faut-il qu’ils soient alloués aux secteurs économiques du futur et non du passé, que l’Etat permette aux citoyens de supporter le choc et que collectivement a minima l’Europe défende ses intérêts et ceux des européens dans la grande bagarre de la géostratégie du pétrole qui se joue sous nos yeux »
(Article complet Corinne Lepage Le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt)
