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L’intuition selon le Dr Jean-François Masson

Par • 25 Nov, 2009 • Catégorie: Culture

Nouvelles Clés : Le médecin doit-il prendre des précautions particulières quand il utilise son intuition au service de ses patients ?

Jean-François Masson : Quand on utilise son intuition, il faut clairement revendiquer le droit à l’erreur et, en échange, toujours s’astreindre à vérifier la moindre de ses intuitions. Si je ne le faisais pas, je deviendrais un imposteur. Vérifier ses intuitions en posant des questions au patient. Lui dire franchement : “ Écoutez, j’ai une intuition… ” Ensuite, on creuse. Exemple : je recois une maman avec un petit garçon qui a de l’exzéma. La question que je pose à cette femme lui semble incongrue par rapport à la maladie de son fils : je lui demande de me dire comment s’est passé sa grossesse. Elle ne comprend pas pourquoi j’insiste autant sur un épisode aussi lointain. Dix minutes plus tard, je reviens à la charge. Finalement, j’apprends que pendant sa grossesse, cette maman a perdu son père et qu’elle a eu énormément de chagrin. Or, son enfant a typiquement un exzéma de chagrin…
Mais, attention : celui qui ne fonctionne qu’à l’intuition dérive très vite. Plus je suis intuitif, plus je dois être rigoureux. Vérifer, encore et toujours. Au début de ma carrière, je ne faisais pas suffisamment confiance à mon intuition, c’est-à-dire que je n’avais pas confiance en moi et laissais toujours passer les deux ou trois petites secondes où, en un clin d’œil, on sait déja tout. Ce moment est très bref, très discret et nécessite pour être perçu que l’on soit disponible, détendu, réceptif, à l’écoute et en même temps concentré, car il faut noter, dans un coin de sa tête, ce que nous disent ces deux ou trois petites secondes.
Le problème, la plupart du temps, c’est qu’on a tellement peu confiance en soi qu’on se met tout de suite à réflechir, évacuant de facto la subtile intuition – alors qu’il faut l’accueillir et creuser. C’est ce que je fais maintenant.

Nouvelles Clés : Cette connaissance “ mystérieuse ” ne vous fait jamais peur ?

Jean-François Masson : Dans la vie, je suis plutôt d’un naturel anxieux, inquiet, émotif, une horreur !
Mais dans mon boulot, non, tout cela disparaît. Là non plus, je ne sais pas pourquoi. C’est une bénédicition, car les études de mèdecine sont plutôt génératrices d’angoisses… Cela dit, je le répète, plus je suis intuitif, plus je suis rigoureux, plus je travaille. Pour que l’intuition puisse se lâcher, se libèrer, il faut d’abord s’appuyer sur quelque chose de solide et donc beaucoup travailler. C’est ça qui permet d’échapper à la peur – et de se libérer du mental ! Les grands visionnaires, qu’ils soients musiciens, scientifiques ou thérapeutes, travaillent et étudient sans relache, et c’est parce qu’ils travaillent beaucoup qu’ils sont rassurés et que leur intuition peut émerger.
Cela dit, vous n’avez pas tort de poser la question. L’intuition fait peur. Moi, quand je vois arriver des gosses et que JE SAIS ce qu’ils ont avant même qu’ils n’ouvrent la bouche, c’est comme un choc esthétique qui me fiche la trouille. Ça donne une impression de toute-puissance qui, si on n’y prête pas attention, peut certainement favoriser des comportements pervers. Et puis je crois que le sentiment de toute-puissance stérilise la véritable intuition. Prenez l’exemple du Temple Solaire et d’un de ses gourous, un grand homéopathe, un homme formidable, génial, compétent, sérieux, sorti d’une très bonne école, et à un moment, paf ! Il pête les plombs… Cela peut hélas arriver à tout le monde. C’est pourquoi j’ai besoin de.gardes-fous, en permanence. Chaque semaine, je rencontre une “sage”, une vieille dame qui m’aide à rester dans mon axe. Et bien sûr, je travaille par ailleurs la logique, la rigueur, le recyclage de mes connaissances. Ce qui m’aide aussi à ne pas basculer, c’est de revenir sur terre : humain, humus et humilité ont la même racine. Pour utiliser son intuition, il faut beaucoup d’humilité.
Dans ces moments-là, tout va très vite. Je peux vous donner des exemples stupéfiants : il m’arrive de “ savoir ” ce dont souffre un patient avant même qu’il ne soit entré dans mon cabinet. Il y a quelques jours, j’ai senti qu’un homme avait une métastase au poumon bien avant qu’il n’arrive chez moi !

Lire la suite sur le site http://www.nouvellescles.com (propos recueillis par H. Guermonprez pour le site NouvellesCles.com

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