Notre génération déprime, ne peut plus croître, plus croire ; les idéologies se sont évaporées.
Une tristesse infinie recouvre le monde, l’espoir gît comme un ancien combattant étalé sur le champ de bataille.
Face à ce constat cinglant, il convient de devenir fort, extrêmement fort, et puis de fuir aussi ; car il est impossible d’assumer les erreurs de nos parents, elles sont trop lourdes, trop conséquentes.
Développer une force non dominatrice, mais intraitable ; car c’est précisément la force qui est mise à mal.
Le travail des forts est éternellement sapé en ses fondements profonds :
le travail intellectuel est dévalué alors qu’il n’a jamais été aussi nécessaire, les tentacules de la dépression encerclent l’expression artistique.
Mais quel est le processus qui a détruit la force de la production intellectuelle ?
Alors que les repères du vieux monde se sont évaporés, l’art et l’intelligence se sont retrouvés dilués dans une masse infâme de signes et de codes. Le monde de l’inter-connexion a généré une inflation de textes, d’écritures, de sons, d’images ; et comme un rêve confus dans un cerveau malade, les informations ne circulent plus harmonieusement à l’intérieur de nos crânes.
Il faut pouvoir trier, extirper l’intègre du corrompu au milieu de la multitude. Et la tâche qui nous attend est aussi phénoménale et risquée que celle d’un résistant français en 1940. Le venin du faible est partout ; il s’appelle libéralisme, il s’appelle vieux, il s’appelle jeune, il s’appelle divertissement, il s’appelle amnésie.
Il convient de concentrer les forces vives, de viser juste, de ne pas lâcher, de toujours lutter contre la lâcheté ambiante, omniprésente.
