Croissance : Le fait de croître, de grandir ?

L’organisation humaine actuelle, que l’on peut aussi appeler le “système capitaliste”, ou “l’idéologie dominante” – peu importe – est un écueil. Et cette parole n’est plus uniquement professée par des idéologues communistes ou des étudiants rebelles. C’est devenu une pensée ordinaire, presque banale, mais que l’on ne prononce pas ou sans vraiment articuler.

Car il ne s’agit plus d’être idéologue ou prophète pour observer les conséquences actuelles du développement de nos ancêtres. Elles sont présentes, évidentes, tous les jours ; il y a le réchauffement climatique évidemment, les terres irrémédiablement contaminées, une érosion de plus en plus dramatique de la biodiversité, etc. passons.
Plus personne ne nie les conséquences de l’action humaine (pour son environnement et donc pour elle-même). Pourtant la valse continue. La notion de croissance est toujours employée à tort et à travers, comme référence suprême (mais jusqu’où allons nous croître ?).

Pour le produit intérieur brut, pollution plus réparation est toujours égale à un double progrès.
Je prends un exemple : Total nous pond une marrée noire, la réparation de cette pollution va générer de l’emploi et donc de la croissance, donc finalement, ce n’est pas plus mal.

Et pendant ce temps, pendant que l’on se dit que ce n’est pas plus mal, que de toute façon l’on ne peut pas faire autrement, la destruction s’accélère, la situation empire.
L’être humain est devenu une sorte de toxicomane qui se répète inlassablement que tant qu’il a trois sous dans la poche, il peut s’acheter un peu de crack, et que finalement, c’est tout ce qui compte.

La théorie du “libéralisme”, de la “main invisible” qui guiderai naturellement l’évolution économique vers le progrès de tous, nous n’y croyons plus aujourd’hui, pourtant nous agissons précisément comme si nous y croyons encore.

Alors, la question : quand est-ce que le peuple va-t-il cesser de travailler, maintenant qu’il sait que le fruit de son travail coûte cher à l’espèce humaine? Que son action sur cette terre n’a d’autre sens de saborder l’environnement ?
Jusqu’à quand allons-nous nous faire croire que le salarié d’Areva produit des richesses ? Que celui de Total est utile ? Que l‘agriculteur qui sème des OGM n’est pas un nuisible ? Tout ces gens commettent des “petits” crimes contre l’humanité, différés dans le temps, dilués dans la masse. Cette masse que l’on appelle “croissance”.

Henry Miller (citation)

(…)
La Seconde Guerre Mondiale a fait naître le vague sentiment que la Terre elle-même est menacée d’extinction. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère apocalyptique. L’esprit de l’homme est en convulsions, comme l’était la Terre-elle même durant les anciennes périodes géologiques. C’est la mort que nous secouons, la rigidité de la mort. Nous déplorons l’esprit de violence qui règne, mais, afin de briser les chaînes, l’esprit de l’homme doit éclater. Les plus éblouissantes possibilités nous enveloppent. Nous sommes infusés et investis de pouvoir et d’énergie jusqu’à présent insoupçonnés. Nous sommes à la veille de vivre à nouveau comme des êtres humains, dans la pleine majesté du mot humain. L’héroïque travail de nos prédécesseurs apparaît aujourd’hui comme le travail de victimes expiatoires. Il ne nous est pas nécessaire de renouveler leurs sacrifices. Il nous appartient d’en savourer les fruits. Le passé est en ruines, l’avenir nous appelle. Prends ce monde de tous les jours et embrasse le ! Voilà ce que commande l’esprit. Quel monde meilleur peut il y avoir, que celui où nous avons pleine responsabilité, tous et chacun d’entre nous ? Ne travaille pas pour les hommes à venir ! Cesse complètement de travailler, et crée ! Car la création est jeu et le jeu est divin.
(…)

Henry Miller, Plexus, 1952.