Considérations sur la force

Notre génération déprime, ne peut plus croître, plus croire ; les idéologies se sont évaporées.
Une tristesse infinie recouvre le monde, l’espoir gît comme un ancien combattant étalé sur le champ de bataille.
Face à ce constat cinglant, il convient de devenir fort, extrêmement fort, et puis de fuir aussi ; car il est impossible d’assumer les erreurs de nos parents, elles sont trop lourdes, trop conséquentes.
Développer une force non dominatrice, mais intraitable ; car c’est précisément la force qui est mise à mal.
Le travail des forts est éternellement sapé en ses fondements profonds :
le travail intellectuel est dévalué alors qu’il n’a jamais été aussi nécessaire, les tentacules de la dépression encerclent l’expression artistique.

Mais quel est le processus qui a détruit la force de la production intellectuelle ?

Alors que les repères du vieux monde se sont évaporés, l’art et l’intelligence se sont retrouvés dilués dans une masse infâme de signes et de codes. Le monde de l’inter-connexion a généré une inflation de textes, d’écritures, de sons, d’images ; et comme un rêve confus dans un cerveau malade, les informations ne circulent plus harmonieusement à l’intérieur de nos crânes.

Il faut pouvoir trier, extirper l’intègre du corrompu au milieu de la multitude. Et la tâche qui nous attend est aussi phénoménale et risquée que celle d’un résistant français en 1940. Le venin du faible est partout ; il s’appelle libéralisme, il s’appelle vieux, il s’appelle jeune, il s’appelle divertissement, il s’appelle amnésie.

Il convient de concentrer les forces vives, de viser juste, de ne pas lâcher, de toujours lutter contre la lâcheté ambiante, omniprésente.

Croissance : Le fait de croître, de grandir ?

L’organisation humaine actuelle, que l’on peut aussi appeler le “système capitaliste”, ou “l’idéologie dominante” – peu importe – est un écueil. Et cette parole n’est plus uniquement professée par des idéologues communistes ou des étudiants rebelles. C’est devenu une pensée ordinaire, presque banale, mais que l’on ne prononce pas ou sans vraiment articuler.

Car il ne s’agit plus d’être idéologue ou prophète pour observer les conséquences actuelles du développement de nos ancêtres. Elles sont présentes, évidentes, tous les jours ; il y a le réchauffement climatique évidemment, les terres irrémédiablement contaminées, une érosion de plus en plus dramatique de la biodiversité, etc. passons.
Plus personne ne nie les conséquences de l’action humaine (pour son environnement et donc pour elle-même). Pourtant la valse continue. La notion de croissance est toujours employée à tort et à travers, comme référence suprême (mais jusqu’où allons nous croître ?).

Pour le produit intérieur brut, pollution plus réparation est toujours égale à un double progrès.
Je prends un exemple : Total nous pond une marrée noire, la réparation de cette pollution va générer de l’emploi et donc de la croissance, donc finalement, ce n’est pas plus mal.

Et pendant ce temps, pendant que l’on se dit que ce n’est pas plus mal, que de toute façon l’on ne peut pas faire autrement, la destruction s’accélère, la situation empire.
L’être humain est devenu une sorte de toxicomane qui se répète inlassablement que tant qu’il a trois sous dans la poche, il peut s’acheter un peu de crack, et que finalement, c’est tout ce qui compte.

La théorie du “libéralisme”, de la “main invisible” qui guiderai naturellement l’évolution économique vers le progrès de tous, nous n’y croyons plus aujourd’hui, pourtant nous agissons précisément comme si nous y croyons encore.

Alors, la question : quand est-ce que le peuple va-t-il cesser de travailler, maintenant qu’il sait que le fruit de son travail coûte cher à l’espèce humaine? Que son action sur cette terre n’a d’autre sens de saborder l’environnement ?
Jusqu’à quand allons-nous nous faire croire que le salarié d’Areva produit des richesses ? Que celui de Total est utile ? Que l‘agriculteur qui sème des OGM n’est pas un nuisible ? Tout ces gens commettent des “petits” crimes contre l’humanité, différés dans le temps, dilués dans la masse. Cette masse que l’on appelle “croissance”.