Gandhi Vert

Argile, Nucléaire et Verts de Terres

Les Inrockuptibles 1990 Michka Assayas

Par • 1 Juil, 2008 • Catégorie: Histoire

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Notre temps n’a que la création, l’imagination et la passion à la bouche, alors qu’il n’est capable de produire que des produits calibrés et standardisés. Ce qu’il ne sait pas faire, avec la mauvaise conscience qui le caractérise, il le singe. Lenny Kravitz fait du faux Lennon et Terence Trent d’Arby du faux Marvin Gaye, tout comme Chevignon fabrique du faux « classique américain » et les Japonais du faux Vuitton et du faux Chanel. On voudrait nous faire croire que ce sont des éternels et des classiques. Mais, par expérience, nous savons que ceux qui prétendent, de leur temps, à la perfection et au classicisme, et ne laissent pas entrer le brouillon, l’improvisation ou l’incertitude dans ce qu’ils créent sont les premiers à se faire oublier par la postérité. Les Beatles, en leur temps, ne « faisaient pas du Beatles ». Ils ne cessaient pas de chercher, d’explorer, de tirer à côté. Leur cible s’étalait sur la voûte céleste. C’est au temps ou l’on ignorait qui ou quoi l’on visait, ou l’on n’avait pas peur de gaspiller son temps et sa vie, que se sont accumulées des richesses éternelles : celles que pompent sans vergogne, comme de vieux rentiers, les auteurs contemporains de « compact-eu-disques » parfaits où la « perfection du son » le dispute à la « pureté de l’émotion ».

Commémorer, célébrer, rendre pompeusement hommage, nous ne savons faire que cela. Quand nous cherchons à dire du bien d’un disque récent, nous ne savons pas dire grand-chose à part : « c’est un classique. Comme si nous voulions échapper de toutes nos forces à cette fatalité déprimante : que la plupart des choses que nous voyons, écoutons, consommons jour après jour n’ont pour nous qu’une importance artificielle, et n’en auront strictement aucune dans un an, voire dans six mois. C’est beau de vouloir être classique, parfait et éternel. C’est un peu comme les escrocs qui répètent avec une insistance pressante qu’ils sont sincères, honnêtes, et qu’ils ont le coeur sur la main : personne n’y croit vraiment, à commencer par eux-mêmes.

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Michka Assayas, les Inrockuptibles, N°24 juillet/aout 1990

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2 Réponses »

  1. Réflexion très pertinente, selon moi, toujours d’actualité 18 ans après…

  2. Carrémment ! D’ailleurs paf ! je la prends pour nourrir mon long article sur Julien Doré que je m’en vais de suite poster sur mon blog.

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